Si vous êtes arrivé jusqu’ici, c’est sans doute que vous aimeriez savoir qui se cache derrière ces lignes. Permettez-moi de me présenter : je m’appelle Marc Prudhomme, j’ai dépassé depuis peu les septante ans, et c’est depuis mon bureau donnant sur les collines de Gardanne, à deux pas d’Aix-en-Provence, que je rédige les articles de ce blog. Par la fenêtre, je vois les pins parasols et, par-dessus les toits de tuiles, la silhouette bleutée de la Sainte-Victoire. C’est un décor bien éloigné des façades haussmanniennes et des couloirs de béton du quartier de l’Opéra, où j’ai passé l’essentiel de ma vie professionnelle.
Le retour à la Provence, après quarante ans passés dans le remous parisien, n’a rien d’une retraite paisible à la campagne. C’est plutôt une reconquête. Je suis né non loin d’ici, dans une famille où l’on discutait volontiers autour d’une table sous les oliviers et les figuiers, et c’est ici que j’ai compris très tôt que la parole avait du poids, que la justice n’était pas une abstraction mais une manière de rétablir l’équilibre entre ceux qui détiennent le pouvoir et ceux qui le subissent. Paris m’a pris dans ses filets au début des années 1980. J’ai commencé avec l’ardeur des jeunes gens qui croient que le droit peut tout changer, et j’ai intégré un grand cabinet du barreau parisien, celui-là même où l’on apprend le métier dans la sueur et la fatigue. Je me souviens encore des nuits blanches passées à préparer des dossiers toujours « urgents », et de cette sensation vertigineuse de tenir entre ses mains le destin professionnel de dizaines de salariés.
Pendant plus de trois décennies, j’ai côtoyé les deux versants de la montagne. J’ai défendu des employeurs — de grandes entreprises, des groupes industriels en réorganisation, des PME familiales en difficulté — et je dois dire que cette expérience m’a été précieuse. Comprendre les contraintes économiques, la logique comptable des restructurations, m’a permis de ne jamais verser dans le manichéisme. Je sais ce que coûte un plan social à celui qui le met en œuvre, même lorsqu’il n’a pas le choix. Mais au fil des années, mon cœur de métier s’est déplacé. J’ai ressenti de plus en plus fortement que la vraie vulnérabilité, la vraie solitude, se trouvait du côté du salarié. Celui qui se lève le matin sans savoir s’il conservera son emploi, qui subit un harcèlement moral qu’il n’ose pas nommer par peur des représailles, qui découvre son licenciement dans une lettre recommandée froide comme une lame. C’est vers eux que mon travail s’est orienté, progressivement, irréversiblement. Cette double casquette — employeur d’abord, salarié ensuite — me sert encore aujourd’hui. Elle m’apprend que le meilleur argumentaire pour un salarié passe par la compréhension de la réalité économique de son employeur.
Le droit du travail, c’est le droit du quotidien. Ce n’est pas le droit des châteaux en Espagne ni des théories abstraites réservées aux professeurs d’universités. C’est le droit de la dignité au bureau, de la sécurité sur le chantier, de l’équité dans l’évaluation annuelle, du respect des horaires et de la vie privée. C’est pourquoi, après avoir pris ma retraite, j’ai ressenti le besoin impérieux de continuer à parler de ce sujet. Ce blog est né grâce à mon petit-fils (féru en informatique) et de cette envie : transmettre, décrypter les nouvelles. Je ne prétends pas tenir un traité de droit comparé ni un journal académique à comité de lecture. Je souhaite simplement offrir des clés de compréhension à ceux qui, salariés, élus du CSE, chefs d’entreprise de bonne foi ou simples curieux, se sentent perdus face à un arrêt de la Cour de cassation ou à une réforme législative annoncée dans la presse. J’essaie de publier régulièrement, au rythme de l’actualité, en privilégiant un langage clair et direct, sans jargon inutile.
Je garde un œil attentif sur l’actualité jurisprudentielle. Les arrêts récents de la chambre sociale me passionnent toujours autant, et je prends un plaisir réel à en analyser la portée pratique. Mais il y a autre chose qui m’anime depuis quelques années : la révolution numérique qui bouleverse nos modes de travail. L’intelligence artificielle, le télétravail devenu banal, la surveillance algorithmique des salariés, l’économie des plateformes, les licenciements assistés par des logiciels de prédiction… Tout cela remet en question des cadres juridiques pensés pour une époque industrielle où l’on comptait encore les ouvriers à l’entrée de l’usine. À septante ans, je me découvre curieux de ces technologies, voire passionné. Je ne suis pas du genre à réciter que tout était mieux avant. Je pense au contraire que le droit du travail doit se réinventer, et que les juristes de ma génération ont le devoir de ne pas laisser cette révolution se faire sans eux, sans regard critique, sans poser les bonnes questions.
Ma ligne de conduite ici est simple. Je parle davantage pour le salarié que pour l’employeur, c’est un fait que je ne cherche pas à dissimuler. Mais je le fais avec la nuance que m’a donnée l’expérience. Je ne crois pas à la victimisation permanente, ni à la diabolisation systématique de l’entreprise.
Si vous me lisez depuis Paris, Lyon, Marseille ou d’une petite commune oubliée des cartes, sachez que ces lignes sont écrites avec la même exigence. N’hésitez pas à réagir, à contredire, à poser des questions. Le droit du travail, c’est avant tout une conversation. Et depuis ma fenêtre ouverte sur le ciel de Provence, je serai ravi de poursuivre cette conversation avec vous.
Marc Prudhomme
Gardanne, près d’Aix-en-Provence

