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Prescription d’une faute au travail : le délai de deux mois pour sanctionner

Prescription d’une faute : délai de deux mois pour sanctionner ou licencier

Lorsqu’un employeur reproche une faute à un salarié, il ne peut pas attendre indéfiniment avant d’engager une procédure disciplinaire. Le Code du travail prévoit un délai de deux mois à compter du jour où l’employeur a eu connaissance des faits. Ce délai est souvent décisif dans les licenciements pour faute simple, grave ou lourde : si les poursuites sont engagées trop tard, le fait ancien ne peut plus, à lui seul, justifier la sanction.

Cette règle paraît simple, mais les litiges portent rarement sur la date de l’incident elle-même. Ils portent plutôt sur la date à laquelle l’employeur a connu exactement la réalité, la nature et l’ampleur des faits, sur la personne qui en avait connaissance, sur une éventuelle enquête et sur la question de savoir si le comportement fautif s’est poursuivi. Il faut donc reconstruire la chronologie avec précision.

Sommaire

Quel est le délai de deux mois pour sanctionner ?

L’article L. 1332-4 du Code du travail prévoit qu’aucun fait fautif ne peut donner lieu, à lui seul, à l’engagement de poursuites disciplinaires au-delà de deux mois à compter du jour où l’employeur en a eu connaissance, sauf lorsqu’une poursuite pénale a été engagée dans ce même délai. Ce texte protège le salarié contre une réaction disciplinaire conservée en réserve pendant une durée excessive.

Le délai de deux mois ne signifie pas que la sanction définitive doit nécessairement être notifiée dans les deux mois du fait. Ce qui doit intervenir dans ce délai est l’engagement des poursuites disciplinaires. Ensuite, d’autres délais encadrent la procédure : lorsqu’un entretien préalable est requis, la sanction ne peut être notifiée moins de deux jours ouvrables ni plus d’un mois après le jour fixé pour cet entretien.

Pour un licenciement disciplinaire, la convocation à l’entretien préalable constitue en pratique un acte essentiel pour apprécier si la procédure a été engagée à temps. Il faut donc conserver l’enveloppe, l’avis de passage, le courriel de convocation ou toute pièce permettant de dater précisément l’envoi et la réception.

Source officielle : article L. 1332-4 du Code du travail.

Quand le délai commence-t-il réellement ?

Le point de départ n’est pas automatiquement le jour où la faute a été commise. Le texte vise le jour où l’employeur en a eu connaissance. Une erreur commise le 2 janvier mais découverte le 20 février peut donc, selon les circonstances, faire courir le délai à partir du 20 février. Inversement, un employeur qui connaît précisément l’incident le jour même ne peut pas soutenir plusieurs mois plus tard qu’il a seulement « compris sa gravité » à l’occasion d’une réunion ultérieure si aucun élément nouveau n’est apparu.

La jurisprudence recherche une connaissance suffisamment exacte de la réalité, de la nature et de l’ampleur des faits. Une rumeur vague, un signalement incomplet ou une anomalie comptable inexpliquée ne sont pas toujours suffisants. Mais dès que les faits essentiels sont connus avec assez de précision pour permettre à l’employeur d’envisager une sanction, le délai peut commencer à courir.

Pour le salarié, la question pratique est donc : à quelle date la hiérarchie savait-elle quoi ? Recherchez les mails d’alerte, rapports d’incident, tickets informatiques, comptes rendus de réunion, attestations, signalements clients, échanges RH et réponses données à chaud. Une chronologie documentée vaut beaucoup plus qu’une affirmation générale selon laquelle « tout le monde savait ».

Qui doit avoir connaissance des faits ?

La connaissance n’est pas limitée au dirigeant ou au directeur des ressources humaines. La Cour de cassation considère que, pour l’application du délai disciplinaire, la connaissance d’un supérieur hiérarchique peut être prise en compte, même s’il ne détient pas lui-même le pouvoir de licencier. Cela évite qu’une entreprise retarde artificiellement le point de départ en soutenant que l’information n’est remontée à la direction générale que plus tard.

Cette règle est particulièrement importante dans les groupes, établissements, magasins, agences ou équipes où les faits sont d’abord connus d’un chef de service. Si votre manager direct a reçu une plainte, constaté l’incident ou échangé avec vous sur le problème, sa date de connaissance peut devenir centrale.

Source officielle : Cour de cassation, discipline dans l’entreprise, arrêts du 23 juin 2021.

Si l’employeur soutient qu’un supérieur n’était pas assez informé, comparez ses responsabilités, les échanges qu’il a reçus et les décisions qu’il a prises. Un manager qui demande immédiatement des explications ou retire provisoirement une mission peut difficilement être présenté ensuite comme totalement ignorant de l’incident.

Une enquête interne décale-t-elle le point de départ ?

Une enquête peut être légitime lorsqu’un signalement nécessite des vérifications. Elle ne suspend cependant pas automatiquement et sans limite le délai de deux mois. La vraie question est de savoir si l’employeur disposait déjà d’une connaissance suffisamment précise avant l’enquête, ou si les investigations étaient réellement nécessaires pour identifier la nature et l’ampleur des faits.

Par exemple, un écart dans une caisse peut justifier des vérifications avant de savoir s’il s’agit d’une erreur de saisie, d’un problème de procédure ou d’un détournement. Le résultat d’un audit peut alors révéler les faits. À l’inverse, si une vidéo, un aveu et plusieurs attestations établissent immédiatement l’incident, une enquête purement formelle menée trois mois plus tard ne devrait pas servir à recréer artificiellement un nouveau point de départ.

La page enquête interne avant licenciement explique comment analyser les auditions, le rapport et la chronologie. Conservez les dates de lancement et de clôture de l’enquête, mais surtout les pièces montrant ce que l’employeur savait avant son ouverture.

Que signifie « engager des poursuites disciplinaires » ?

Le Code exige l’engagement des poursuites dans le délai de deux mois. Dans une procédure nécessitant un entretien préalable, la convocation constitue le repère habituel. Pour une sanction légère dispensée d’entretien, comme certains avertissements, la notification écrite de la sanction intervient directement selon les règles applicables.

Il ne suffit pas qu’un manager dise oralement « nous allons voir avec les RH » ou qu’un dossier soit ouvert de manière interne sans acte adressé au salarié. Il faut identifier un véritable acte de procédure disciplinaire. La qualification dépend de la mesure prise et de son contenu.

Après l’entretien, l’article L. 1332-2 encadre aussi la date de notification de la sanction. Celle-ci ne peut intervenir moins de deux jours ouvrables ni plus d’un mois après le jour fixé pour l’entretien. Le respect du délai de deux mois ne dispense donc pas l’employeur de respecter les autres étapes de la procédure.

Voir procédure de licenciement pour replacer ces délais dans le calendrier complet.

Peut-on utiliser des faits anciens ou répétés ?

Un fait prescrit ne peut pas, à lui seul, fonder l’engagement de poursuites. Mais cela ne signifie pas que tout élément ancien disparaît du dossier. Le Code prévoit notamment qu’une sanction antérieure datant de moins de trois ans peut, dans certaines conditions, être invoquée à l’appui d’une nouvelle sanction reposant sur de nouveaux faits. Au-delà de trois ans, elle ne peut plus être invoquée à l’appui de la nouvelle sanction.

La poursuite ou la répétition d’un comportement peut également modifier l’analyse. Si le salarié continue, après les premiers incidents, à commettre des faits de même nature, les faits récents peuvent permettre d’engager une procédure, et le contexte antérieur peut être examiné dans les limites admises. Il faut toutefois qu’un fait nouveau soit réellement établi : l’employeur ne peut pas simplement rebaptiser un incident ancien pour contourner la prescription.

Source officielle : articles L. 1332-4 et L. 1332-5 du Code du travail.

Vérifiez donc la date de chaque grief séparément. Une lettre de licenciement qui mélange dix événements sur plusieurs années doit être lue ligne par ligne.

Que se passe-t-il en cas de poursuites pénales ?

L’article L. 1332-4 prévoit une exception lorsque le fait a donné lieu, dans le même délai de deux mois, à l’exercice de poursuites pénales. Cette situation se rencontre notamment lorsque les faits reprochés peuvent également constituer une infraction : violences, vol, détournement, fraude, harcèlement ou atteinte à un système informatique.

La simple existence d’une plainte, d’une main courante ou d’une enquête évoquée oralement ne doit pas être assimilée sans examen à des poursuites pénales au sens du texte. Il faut identifier la procédure engagée, ses dates et son lien avec les faits disciplinaires. Le calendrier pénal peut avoir des conséquences techniques sur la prescription disciplinaire et mérite une analyse au cas par cas.

Si votre employeur invoque cette exception, demandez quelle pièce établit la date de la poursuite pénale et quel fait elle concerne exactement. Une procédure pénale portant sur un incident ne prolonge pas nécessairement le délai pour tous les autres reproches mentionnés dans la lettre de licenciement.

Comment prouver que les faits sont prescrits ?

La prescription disciplinaire se prouve rarement avec un document unique. Il faut rapprocher plusieurs pièces : le rapport où le manager relate l’incident, le mail envoyé aux RH, votre réponse écrite, la date d’une réunion, le compte rendu d’audit et la convocation. L’objectif est de démontrer que l’employeur ou votre supérieur hiérarchique disposait déjà des informations nécessaires plus de deux mois avant l’engagement des poursuites.

Construisez un tableau simple avec quatre colonnes : date, événement, personne informée, pièce justificative. Si l’employeur affirme avoir découvert les faits le 15 juin alors qu’un mail du 2 avril adressé à votre manager décrit déjà précisément les mêmes faits, la contradiction devient visible immédiatement.

Évitez toutefois d’exagérer. Un message disant « il y a peut-être un problème » n’équivaut pas à la connaissance d’une fraude précise. La force de l’argument vient de la précision de la pièce, pas seulement de son ancienneté.

La page preuves pour contester un licenciement détaille la méthode pour organiser le dossier.

Comment contester un licenciement tardif ?

Commencez par isoler les griefs disciplinaires de la lettre de licenciement. Pour chacun, notez la date du fait, la date à laquelle l’employeur en a eu connaissance, l’acte qui a engagé les poursuites et les éventuels faits nouveaux. Un licenciement peut reposer sur plusieurs griefs : certains peuvent être prescrits et d’autres non.

Devant les prud’hommes, ne vous contentez pas d’écrire « délai de deux mois dépassé ». Produisez les pièces permettant de dater la connaissance et expliquez pourquoi l’employeur disposait déjà d’une connaissance exacte. Si une enquête est invoquée, montrez ce qu’elle a réellement apporté de nouveau ou, au contraire, ce qui était déjà établi.

Le juge examine ensuite les éléments des deux parties. Si le licenciement disciplinaire ne peut plus s’appuyer sur le fait prescrit et qu’aucun autre grief valable ne suffit, la cause du licenciement peut être remise en cause. Voir contester un licenciement pour faute grave et prud’hommes après licenciement.

Exemple concret de calcul du délai

exemple licenciement

Un salarié commet une erreur le 4 janvier. Son responsable direct reçoit le 8 janvier un rapport complet indiquant la date, les personnes présentes, le document erroné et les conséquences. Le salarié répond par mail le 10 janvier. Aucune mesure n’est prise. Le 25 mars, les RH reprennent le dossier et convoquent le salarié à un entretien préalable en expliquant avoir « découvert » l’affaire lors d’une revue de conformité.

Le débat ne portera pas seulement sur le 4 janvier, date de l’erreur, mais surtout sur le 8 janvier, date à laquelle le supérieur hiérarchique disposait déjà d’informations précises. Si aucune investigation nouvelle n’était nécessaire et qu’aucun fait récent n’est invoqué, la convocation du 25 mars intervient plus de deux mois après cette connaissance.

À l’inverse, si le rapport du 8 janvier signalait seulement une anomalie inexpliquée et qu’un audit achevé le 20 février a révélé pour la première fois une falsification volontaire, le point de départ peut être discuté différemment. C’est pourquoi il faut lire le contenu des documents, pas seulement leurs dates.

Sources principales

code du travail 2027
questions en droit du travail
Le délai de deux mois part-il du jour de la faute ?

Pas nécessairement. Il part du jour où l’employeur, au sens retenu par la jurisprudence, a eu une connaissance suffisamment précise des faits.

Une enquête remet-elle le délai à zéro ?

Non automatiquement. Elle peut révéler des faits jusque-là inconnus, mais elle ne doit pas servir à retarder artificiellement le point de départ lorsque les faits étaient déjà précisément connus.

Un fait prescrit peut-il être cité dans la lettre de licenciement ?

Il peut parfois apparaître comme élément de contexte, mais il ne peut pas, à lui seul, permettre l’engagement tardif de poursuites disciplinaires.

Une ancienne sanction peut-elle être utilisée contre moi ?

Une sanction antérieure de plus de trois ans ne peut pas être invoquée à l’appui d’une nouvelle sanction. Pour une sanction plus récente, il faut qu’un nouveau fait fautif soit établi.

Que dois-je conserver ?

Les mails d’alerte, rapports, réponses, comptes rendus, convocations et toute pièce permettant de dater la connaissance des faits et l’engagement de la procédure.

Dernière vérification juridique : 9 août 2026.