J’ai travaillé une grande partie de ma vie avec des avocats. Et quand je dis « avec », je ne veux pas dire que je les croisais de temps en temps dans les couloirs d’un tribunal : ils étaient mes employeurs. J’étais juriste salarié dans des cabinets d’avocats. J’ai donc vu cette profession de l’intérieur, avec ses excellents professionnels, ses personnalités brillantes, ses travailleurs acharnés… et, comme dans tous les métiers, quelques autres dont je tairai charitablement les qualités.
Aujourd’hui à la retraite, j’essaie simplement de faire profiter les salariés de cette expérience. Si vous cherchez un avocat droit du travail parce que vous êtes licencié, harcelé, mis à pied, poussé vers la sortie, en conflit avec votre employeur ou déjà engagé dans une procédure prud’homale, vous allez rapidement rencontrer un problème très concret : comment choisir ?
Tapez quelques mots sur Internet et des centaines de cabinets vous expliquent qu’ils sont compétents, disponibles, réactifs, expérimentés et entièrement dévoués à leurs clients. Ils ne vont évidemment pas écrire le contraire. Alors comment distinguer un avocat réellement adapté à votre affaire d’un excellent commercial disposant simplement d’un très beau site Internet ? Après des années passées dans cet univers, voici les critères auxquels je serais personnellement attentif.
Comment choisir son avocat droit du travail ?
Commençons par la méthode la plus ancienne, qui reste probablement l’une des meilleures : le bouche-à-oreille.
Si une personne en qui vous avez confiance a connu un problème sérieux avec son employeur et qu’un avocat l’a réellement aidée, écoutez son expérience. Demandez-lui ce qui s’est concrètement passé : l’avocat connaissait-il son dossier ? Répondait-il aux messages ? Expliquait-il clairement les choses ? Avait-il préparé l’audience ? Les honoraires correspondaient-ils à ce qui avait été annoncé ? Et surtout, votre connaissance avait-elle eu le sentiment d’être réellement défendue ?
Une recommandation personnelle ne garantit évidemment rien. Deux dossiers ne se ressemblent jamais complètement et un avocat parfait pour un cadre supérieur ne sera pas nécessairement le meilleur choix pour un litige concernant un apprenti, un chauffeur ou une caissière. Mais c’est un bon commencement.
Sur Internet, soyez beaucoup plus prudent
Je vais peut-être déplaire à quelques créateurs de sites Internet, mais il faut rappeler une évidence : le plus beau site d’avocat du monde ne prouve absolument pas que l’avocat est bon.
Un site magnifique peut avoir été conçu par une excellente agence de communication. C’est tout ce que cela démontre. Des photographies impeccables, un cabinet avec moulures au plafond, une bibliothèque remplie de livres rouges et un avocat photographié les bras croisés devant un tribunal ne constituent pas encore une compétence juridique.
La même prudence s’impose concernant les avis publiés sur Internet. Certains sont parfaitement authentiques. D’autres peuvent être sollicités, complaisants ou manipulés. Il est généralement impossible pour un lecteur de savoir avec certitude comment chaque avis a été obtenu. Un avocat relativement jeune affichant un nombre considérable d’avis cinq étoiles ne doit donc pas être automatiquement accusé de les avoir achetés : ce serait injuste. Mais ne transformez jamais le nombre d’étoiles en principal critère de choix.
Lisez plutôt le contenu des avis. Les témoignages détaillés, expliquant la nature de l’affaire, la disponibilité de l’avocat, la compréhension du dossier ou le déroulement de la procédure apportent généralement davantage d’informations qu’une succession de « Excellent avocat, je recommande à 100 % ». Et même là, gardez votre esprit critique.
Meilleur avocat droit du travail gratuit : soyons raisonnables
Certains internautes semblent rechercher simultanément trois choses : le meilleur avocat en droit du travail, la certitude de gagner et la gratuité.
Ce serait évidemment idéal. Mais revenons quelques minutes sur terre.
Aucun avocat sérieux ne peut vous garantir de gagner
Vous pouvez disposer d’un dossier qui paraît excellent. Vous pouvez avoir des courriels, des attestations, des bulletins de paie, des avertissements contradictoires et une lettre de licenciement rédigée de manière catastrophique. Vous pouvez également avoir choisi un très bon avocat. Et vous pouvez malgré tout perdre.
La décision appartient à la juridiction, jamais à l’avocat. Devant le conseil de prud’hommes, l’avocat n’est d’ailleurs pas obligatoire : le salarié peut notamment se défendre lui-même ou être assisté ou représenté dans les conditions prévues par les textes. Le site officiel Service-Public.fr rappelle les règles de représentation devant le conseil de prud’hommes.
Si un avocat vous dit après dix minutes : « Votre dossier est gagné à 100 % », personnellement, je commencerais à m’inquiéter. Un bon professionnel parle plutôt de forces, de faiblesses, de risques et de probabilités.
Et l’avocat gratuit ?
Un cabinet d’avocats a un fonctionnement qui ressemble, sur un point au moins, à celui de n’importe quelle entreprise. Il faut payer le local, l’assurance professionnelle, l’informatique, le téléphone, les bases documentaires, les cotisations, éventuellement des salariés, des collaborateurs, le secrétariat et beaucoup d’autres dépenses. Et derrière tout cela, il y a surtout du temps de travail.
Pourquoi un professionnel ayant consacré plusieurs années à ses études et à sa formation travaillerait-il systématiquement gratuitement ? La gratuité permanente n’est donc pas le modèle économique normal d’un cabinet. Cela ne me choque pas particulièrement.
Je connais suffisamment la profession pour ajouter avec un sourire que certains avocats apprécient également le prestige qui l’accompagne… et parfois les belles voitures. Mais ne généralisons pas : elles ne sont pas toutes garées devant le cabinet.
Il existe néanmoins de véritables consultations gratuites, par exemple dans certains Points-justice, et l’aide juridictionnelle peut, selon la situation, prendre en charge tout ou partie des frais. Autrement dit : l’avocat gratuit existe parfois ; le meilleur avocat gratuit garanti, beaucoup moins.
Consultation chez un avocat : conseil ponctuel et défense complète, ce n’est pas la même chose
Payer une consultation pour obtenir un avis juridique et confier à un avocat la totalité d’une procédure prud’homale sont deux décisions différentes.
Vous pouvez parfaitement consulter un avocat sans lui confier ensuite votre affaire. C’est même parfois une excellente idée.
Supposons que votre litige représente potentiellement plus de 20 000 euros. Dépenser quelques centaines d’euros pour obtenir deux analyses indépendantes n’est pas nécessairement de l’argent gaspillé. Au contraire. Si deux avocats expérimentés arrivent sensiblement aux mêmes conclusions, vous commencez à disposer d’un point de comparaison sérieux.
S’ils vous donnent des avis complètement opposés, vous venez également d’apprendre quelque chose d’important : votre affaire n’est probablement pas aussi évidente que vous le pensiez.
Consultation en ligne : probablement l’un des meilleurs conseils que je puisse vous donner
La consultation à distance a considérablement changé la manière de choisir un avocat. Vous habitez loin d’une grande ville ? Votre affaire concerne un employeur parisien alors que vous avez déménagé ? Vous travaillez avec des horaires incompatibles avec plusieurs déplacements au cabinet ? Cela n’a plus beaucoup d’importance pour une première analyse.
Téléphone ou visioconférence permettent parfaitement d’avoir une consultation sérieuse. Mais à une condition essentielle : l’avocat doit connaître les éléments utiles du dossier.
Envoyez les documents avant la consultation
C’est probablement le conseil pratique auquel je tiens le plus. Avant votre rendez-vous, préparez les pièces véritablement importantes : contrat de travail et avenants, bulletins de salaire utiles, lettre de convocation ou de licenciement, avertissements éventuels, principaux courriels ou SMS, documents démontrant les faits dont vous parlez et une chronologie très courte de votre affaire.
N’envoyez pas trois mille pages en vrac en imaginant que l’avocat passera gratuitement son dimanche à les classer. Mais pour une consultation approfondie, je préfère nettement le professionnel qui demande les principales pièces avant de donner son avis.
Il existe naturellement des consultations très courtes dont l’objectif est simplement de déterminer si votre problème mérite une étude plus poussée. Dans ce cas, l’examen préalable de tout le dossier n’est pas indispensable.
En revanche, si vous payez une véritable analyse juridique, une grande partie de l’heure ne devrait pas être consacrée à découvrir pour la première fois une lettre de licenciement de quatre pages que vous auriez parfaitement pu transmettre deux jours auparavant.
Ce que j’attends personnellement d’une bonne consultation
Pour simplifier, je distingue deux étapes.
D’abord un premier contact assez bref : vous exposez votre problème, l’avocat vérifie s’il entre dans son domaine d’activité, vous indique ses tarifs et vous demande éventuellement des documents.
Ensuite vient la véritable consultation. À ce moment-là, j’attends d’un avocat qu’il ait suffisamment compris le dossier pour que la discussion commence rapidement sur les questions importantes : quels sont mes droits ? Quelles sont mes chances ? Quels sont les points faibles ? Quelle stratégie adopter ? Combien de temps cela peut-il durer ? Combien cela peut-il coûter ? Et surtout : est-ce réellement intéressant d’engager une procédure ?
Vous ne payez pas seulement soixante minutes de conversation. Vous payez aussi une compétence, une expérience et, lorsque cela a été convenu, un travail préparatoire que vous ne voyez pas nécessairement. C’est l’une des raisons pour lesquelles je ne choisirais jamais automatiquement l’avocat proposant la consultation la moins chère.
L’avocat gratuit et l’avocat pas cher : attention aux apparences
Certains excellents avocats adoptent une stratégie commerciale différente. Ils proposent par exemple un premier échange téléphonique gratuit de quinze ou trente minutes. Pourquoi pas ? Cela permet au salarié de présenter son problème et à l’avocat de savoir si l’affaire peut l’intéresser.
Cette formule peut notamment être utilisée par de jeunes avocats qui construisent leur clientèle. Cela ne signifie absolument pas qu’ils sont mauvais. Tout le monde a été débutant un jour.
Ce qui compte est de savoir ce qui est gratuit et ce qui ne l’est plus. Une première conversation offerte n’est pas une étude complète du dossier. Avant d’engager des dépenses importantes, demandez donc clairement : « À partir de quel moment suis-je facturé ? » C’est une question parfaitement normale.
Jeune avocat ou vieux ? Lequel choisir ?
Réfléchissons ensemble.
J’avais initialement envie d’écrire : « Prenez un avocat ayant au moins dix ans d’expérience et moins de soixante ans. » C’est le genre de règle simple qui plaît beaucoup sur Internet. Le problème est qu’elle ne résiste pas très longtemps à la réflexion.
J’ai connu de jeunes juristes remarquablement brillants et des professionnels expérimentés qui vivaient parfois un peu trop confortablement sur leur réputation. Un jeune avocat peut consacrer énormément de temps à votre dossier, être parfaitement à jour et vouloir gagner ses premières affaires importantes.
Un avocat ayant vingt ou trente ans de barreau possède en revanche quelque chose qu’on n’apprend pas dans les livres : l’expérience des audiences, des négociations, des dossiers qui tournent mal et des arguments qui fonctionnent réellement.
Mon véritable critère serait donc différent. Je ne regarderais pas principalement son âge. Je lui demanderais plutôt : « Depuis combien d’années traitez-vous régulièrement des dossiers de salariés en droit du travail ? »
Un avocat ayant douze ans de barreau mais pratiquant essentiellement le divorce ne possède pas nécessairement douze années d’expérience en licenciement. À l’inverse, un avocat ayant six ou sept ans de pratique presque exclusivement consacrée au droit du travail peut parfaitement connaître son domaine.
Gros cabinet ou petit cabinet ?
Ici, j’assume davantage mon opinion personnelle. Pour un salarié, j’ai une préférence pour les cabinets à taille humaine. Et parfois pour l’avocat exerçant seul.
Pourquoi ? Parce que vous savez plus facilement qui travaille réellement sur votre dossier.
Dans un gros cabinet, celui que vous rencontrez au premier rendez-vous n’est pas nécessairement celui qui effectuera toutes les recherches, préparera les conclusions ou suivra quotidiennement la procédure. Cela n’a d’ailleurs rien d’anormal : le travail en équipe peut être extrêmement efficace.
Le problème apparaît lorsque le client croit avoir confié son dossier à Maître X alors que l’essentiel du travail est finalement effectué par trois personnes qu’il n’a jamais rencontrées.
Un stagiaire peut être excellent. Un collaborateur junior peut être remarquable. Et puisqu’il faut bien préserver un peu mon amour-propre, ajoutons qu’un juriste peut également être presque aussi exceptionnel que moi.
Mais ce que vous achetez doit être clair. Posez une question très simple : « Qui va personnellement s’occuper de mon dossier ? » Puis : « Qui sera mon interlocuteur ? »
Si le cabinet fonctionne en équipe, ce n’est pas un problème. Mais vous devez le savoir. Pour les dossiers prud’homaux, j’apprécie particulièrement qu’une personne conserve une vision complète de l’affaire du début à la fin. Un dossier de droit du travail comporte souvent des centaines de petits détails. Or c’est parfois le détail que personne n’avait remarqué qui finit par devenir essentiel.
Un homme ou une femme ?
J’avais également commencé cette partie avec une théorie beaucoup plus provocatrice. Après avoir travaillé longtemps dans les cabinets, j’avais développé quelques impressions personnelles sur les différences entre hommes et femmes dans la profession.
Et puis, en relisant sérieusement ce que j’avais écrit, je me suis demandé si mon vieux cerveau ne transformait pas quelques expériences personnelles en théorie universelle.
Alors restons raisonnables. Je ne choisirais finalement ni un homme parce qu’il est un homme, ni une femme parce qu’elle est une femme. Je regarderais la personnalité.
Certains avocats sont extrêmement combatifs. D’autres sont meilleurs négociateurs. Certains rassurent merveilleusement leurs clients mais sont moins convaincants à l’audience. D’autres paraissent froids lors du premier rendez-vous mais deviennent redoutables lorsqu’il faut démonter l’argumentation de l’employeur.
Ce qui m’intéresse davantage est de savoir si l’avocat comprend rapidement les faits, écoute réellement, ne promet pas l’impossible, répond précisément et semble prêt à consacrer suffisamment de temps au dossier.
Et s’il doit être momentanément indisponible — congé, maladie, déplacement ou autre — demandez simplement comment est organisée la continuité du dossier. Voilà un critère autrement plus utile que le sexe de la personne qui porte la robe.
Avocat spécialisé ou généraliste ?
Sur ce point, mon avis est beaucoup plus tranché. Pour un véritable contentieux du travail, je privilégierais un avocat qui pratique régulièrement le droit du travail.
Le droit du travail est suffisamment vaste et mouvant pour qu’un professionnel qui traite quotidiennement licenciements, heures supplémentaires, harcèlement, inaptitude, rupture conventionnelle et procédures prud’homales dispose logiquement d’une pratique plus approfondie qu’un avocat qui partage son temps entre divorces, successions, droit pénal et conflits de voisinage.
Mais attention au vocabulaire.
« Avocat en droit du travail » et « avocat spécialiste en droit du travail » ne signifient pas exactement la même chose
Un avocat peut exercer principalement, voire exclusivement, en droit du travail sans détenir la mention officielle de spécialisation. À l’inverse, le terme « spécialiste » est réglementé. Le Conseil national des barreaux précise les conditions d’obtention du certificat de spécialisation, notamment l’exigence d’une pratique professionnelle suffisante et une procédure de validation.
La mention officielle constitue donc un véritable indice de compétence, et il serait injuste de la présenter comme une simple formalité administrative achetée contre quelques euros. Mais son absence ne signifie pas qu’un avocat pratiquant quotidiennement le droit du travail est mauvais.
De la même manière, posséder un doctorat en droit est un excellent titre universitaire, mais cela ne transforme pas automatiquement son titulaire en spécialiste du contentieux prud’homal.
Si vous ne devez retenir qu’une chose, retenez celle-ci : regardez la pratique réelle de l’avocat, pas seulement les titres affichés sous son nom.
Facturation des honoraires : parlons d’argent
L’argent, toujours l’argent, rien que l’argent… Vous espérez éventuellement obtenir des indemnités. Votre avocat, lui, espère être rémunéré pour son travail. Rien de particulièrement scandaleux jusque-là.
Ce qui compte est surtout que vous sachiez avant de vous engager comment vous allez payer.
Le temps passé
L’avocat facture le nombre d’heures consacrées au dossier selon un taux horaire déterminé. Ce système peut être parfaitement justifié pour certaines affaires complexes. Son inconvénient pour un salarié est évident : le coût final est difficile à connaître à l’avance.
Personnellement, pour une procédure prud’homale relativement classique, je préfère une formule permettant d’avoir davantage de visibilité. Mais je n’irais pas jusqu’à dire que le temps passé doit toujours être proscrit : tout dépend de la nature de l’affaire et de la clarté de la convention.
Le forfait
Une somme déterminée est prévue pour une mission définie. Par exemple, un forfait peut couvrir une procédure devant le conseil de prud’hommes jusqu’au jugement.
Mais attention à ce que couvre exactement le forfait. L’appel est-il inclus ? Une négociation supplémentaire est-elle incluse ? Les déplacements sont-ils compris ? Que se passe-t-il si l’affaire dure trois ans ? Lisez la convention.
L’honoraire de résultat
Voilà une formule que je trouve intéressante lorsqu’elle est correctement équilibrée. L’avocat reçoit un honoraire fixe auquel s’ajoute un pourcentage des sommes obtenues. Les intérêts deviennent alors partiellement communs : si le client obtient davantage, l’honoraire complémentaire augmente.
Mais une précision juridique est indispensable : en France, l’avocat ne peut pas être payé exclusivement au résultat. La rémunération uniquement constituée d’un pourcentage du résultat est interdite ; en revanche, un honoraire complémentaire de résultat peut être prévu en plus d’une rémunération principale.
En pratique, on rencontre donc souvent un système du type : forfait ou honoraire fixe + pourcentage sur le résultat. Et cela me paraît, dans beaucoup de dossiers de salariés, assez facile à comprendre.
La convention d’honoraires : prenez le temps de la lire
La convention d’honoraires n’est pas un papier administratif sans importance. Elle définit ce que l’avocat va faire et comment il sera payé.
Ne la signez donc pas machinalement sur votre téléphone dans le couloir du cabinet. Regardez le montant fixe, le taux de l’honoraire de résultat, ce qui déclenche ce résultat, les sommes sur lesquelles le pourcentage sera calculé, les frais supplémentaires éventuels, les modalités en cas de changement d’avocat et le périmètre exact de la mission.
Si votre affaire n’est pas urgente, vous avez parfaitement le droit de réfléchir. Et pourquoi pas consulter un second avocat avant de choisir ?
Meilleur avocat, meilleure indemnité ?
Pas nécessairement.
Soyez notamment prudent devant les évaluations financières très spectaculaires. Un salarié arrive parfois chez un avocat en demandant : « Combien puis-je gagner ? » C’est évidemment une question importante. Mais une estimation sérieuse dépend du salaire, de l’ancienneté, des circonstances de la rupture, des demandes juridiquement possibles, des preuves disponibles et de nombreux autres éléments.
L’estimation trop faible
Un avocat particulièrement prudent peut ne retenir que les demandes les plus évidentes et négliger certaines pistes qui mériteraient d’être étudiées.
L’estimation merveilleuse
À l’inverse, annoncer une somme énorme peut être une excellente manière de donner envie au client de signer immédiatement. Un tableau comportant 75 000 euros de demandes ne signifie pas que le conseil de prud’hommes accordera 75 000 euros.
Parfois, certaines demandes seront rejetées. Parfois elles seront réduites. Certaines peuvent dépendre d’éléments de preuve encore incertains.
Demandez une explication, pas seulement un chiffre
Si un avocat estime votre dossier à 35 000 euros, demandez : « Pouvez-vous m’expliquer comment vous arrivez à cette somme ? » C’est beaucoup plus instructif.
Et lorsque les enjeux sont importants, obtenir deux estimations indépendantes peut vous permettre de repérer une évaluation manifestement trop pessimiste… ou beaucoup trop optimiste.
Les questions que je poserais avant de choisir mon avocat droit du travail
Si je devais aujourd’hui confier mon propre dossier à un avocat, je ne chercherais pas à lui faire passer un examen. Mais je poserais assez directement quelques questions :
- Depuis combien de temps pratiquez-vous régulièrement le droit du travail ?
- Défendez-vous plutôt des salariés, des employeurs ou les deux ?
- Avez-vous déjà traité plusieurs affaires proches de la mienne ?
- Qui travaillera concrètement sur mon dossier ?
- Serez-vous personnellement présent à l’audience ?
- Quels sont, selon vous, les deux principaux points forts de mon dossier ?
- Quel est son principal point faible ?
- Quelle stratégie me conseillez-vous et pourquoi ?
- Quel coût total dois-je raisonnablement prévoir ?
- Y aura-t-il un honoraire de résultat ?
- Que se passe-t-il financièrement en cas d’appel ?
- Comment échangeons-nous pendant la procédure et dans quels délais répondez-vous habituellement ?
La réponse à la question sur le principal point faible m’intéresserait particulièrement. L’avocat qui ne trouve aucun point faible dans votre dossier m’inquiète presque davantage que celui qui en trouve trois.
Alors, comment choisir votre avocat droit du travail ?
À vous de choisir.
Je me garderai bien de vous donner le nom du « meilleur avocat de France », d’autant plus que je ne sais pas qui serait chargé d’organiser le championnat.
En revanche, après une vie professionnelle passée en partie au milieu des cabinets, je privilégierais personnellement un avocat qui connaît réellement le droit du travail, prend le temps de comprendre les pièces, explique les risques autant que les chances, annonce clairement ses honoraires, reste personnellement impliqué dans le dossier et ne vous promet jamais une victoire certaine.
Je me méfierais davantage des signes extérieurs : le nombre d’avis Internet, la taille du bureau, la photographie devant un tribunal, la montre du propriétaire et les grandes déclarations du type « dossier imparable ».
Traduction en langage clair : cherchez davantage un bon professionnel qu’une belle image de professionnel.
Et surtout, ne choisissez pas dans la précipitation si rien ne vous y oblige. Un premier rendez-vous vous engage à très peu de chose. Une procédure prud’homale peut, elle, vous accompagner pendant longtemps.
Lorsque les enjeux financiers ou professionnels sont importants, payer une deuxième consultation avant de confier définitivement votre affaire peut être l’une des dépenses les plus intelligentes du dossier.
Après cela, il faudra évidemment choisir. Car à un moment, même avec tous les conseils d’un vieux juriste à la retraite, il faut bien se décider.
